Josselin Métivier

Josselin Métivier

L’Engrenage-Moulin de Villevêque

Entrelacements anachroniques

Frénésie du détail

Les sujets de Josselin Métivier paraissent avoir surgi, sans filtre, de son esprit. Entre rêve et réalité, nous pénétrons et nous nous perdons dans un monde à part comme si nous nous étions introduits dans sa tête.
Passionné d’histoire des arts, et gorgé de références historiques, Josselin intègre à ses toiles une intrication de détails, associés à des références personnelles, contemporaines.
À chaque lecture de ses œuvres, nous apercevons quelque chose de nouveau. Le travail de l’artiste s’inscrit dans une temporalité longue, ce qui lui permet d’apporter de la complexité et de la précision à ses grands formats.
Josselin Métivier présente, au moulin de Villevêque, des pièces mettant en avant la diversité de ses approches. La plus récente est une série de fauteuils en céramique, représentés en modèles réduits, jouant avec la dualité entre la dureté du matériau et le confort de l’objet reproduit.

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Entretien avec Josselin Métivier

Voix off

Pour changer de point de vue, explorer un parcours où l’art rencontre la nature et le patrimoine.

Se questionner, être ému, découvrir la création autrement.

À travers ces entretiens, les artistes de NOV’Art 2026 vous ouvrent les portes de leur univers.

Interviewer

Bonjour Josselin, merci. Nous sommes très contents de vous recevoir. On a beaucoup de chance.

Comme nous sommes en train de monter l’exposition, je vais vous demander ce que je vois : vos sculptures, vos tableaux, sont quand même très chargés, avec beaucoup de références.

Ma première question est donc : quels sont les sujets et les thèmes qui vous intéressent ?

Josselin

Pour répondre à cette question, je vais plutôt dire que c’est l’inspiration du moment. Cela peut changer dans quelques années.

Là, on pourrait noter qu’il y a beaucoup de références à l’histoire de l’art dans mes peintures. C’est peut-être une tendance actuelle. J’adore l’histoire de l’art, notamment l’Antiquité et le Moyen Âge.

Je peux mélanger du contemporain, voire du très moderne. Par exemple, dans une peinture où il y a des références au roi René, il y a aussi un personnage qui a un casque de jeu vidéo sur la tête quand on regarde bien. Il y a donc un petit mélange.

Interviewer

Donc vous vous amusez avec le mélange des époques, des références. Concernant le Moyen Âge, est-ce ce sur quoi vous travaillez en ce moment ?

Josselin

En ce moment, je suis beaucoup sur le roi, et le roi René notamment. Il va y avoir une exposition, 49 Regards. On va devoir proposer un seul format, et je vais justement proposer le roi René. Je suis donc en plein dedans.

Interviewer

Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette figure du roi René ?

Josselin

C’est un personnage légendaire. Il est très connu pour être un mécène, un amoureux des arts, un grand écrivain, un grand peintre. Mais d’après plusieurs sources que j’ai lues, il n’a pas été un grand peintre, il n’a pas été un grand écrivain.

Lui, par contre, c’est un grand mécène. Il avait beaucoup d’argent, il a beaucoup acheté et il a beaucoup fait participer les artistes de l’époque. Mais c’est une légende. Ce n’est pas vraiment une réalité, de ce que j’ai lu.

Interviewer

Et sur la sélection d’œuvres pour cette exposition ici, est-ce qu’il y a certaines œuvres qui concernent le roi René ?

Josselin

Le problème de l’artiste, c’est que souvent, il ne présente pas des œuvres au moment même où il crée. Je suis toujours en décalage.

En tant que céramiste, les sièges, je les ai faits l’été dernier. Je les ai faits, puis je les ai émaillés cet hiver.

Interviewer

C’est une frustration ?

Josselin

Cela reste une frustration. Je suis frustré par tout ce que je ne peux pas créer tout le temps comme je voudrais. Il y aura donc toujours un décalage entre la production et l’exposition.

Là, les trois grandes peintures sont les plus récentes. La bleue est un peu en référence au roi René. Je commençais à m’inspirer de lui. Les trois grandes peintures sont les trois dernières.

Après, il y a des travaux un peu plus anciens. Dans la sélection, il y a un mariage d’un peu de tout, différentes phases de l’évolution de mon travail.

Interviewer

Dans cette sélection d’œuvres, est-ce qu’il y en a une en particulier, ou quelques-unes, qui vous touchent plus, ou que vous avez plus apprécié réaliser ?

Josselin

Il y en a certaines que j’aurais bien gardées pour moi. Je pense que cela peut tout dire.

La grande, avec un jugement possible, avec les cerises, Tous les saints, je ne l’ai présentée qu’une seule fois. Elle a eu un prix. Je la représente parce que je voulais vraiment mettre du beau ici.

Il y a deux ou trois sièges que je garderais bien, mais il faut vendre.

En tant que céramiste, à cause des coûts énergétiques, comme j’ai un four électrique, je ne peux plus produire énormément. Avant, je produisais beaucoup plus. Du coup, je vais me séparer de choses que j’adore. Je prends sur moi, ça va le faire.

Pour faire une sculpture aboutie, je peux cuire en deux ou trois fois. Il y a une première cuisson de biscuit à 1 000 degrés, puis une deuxième cuisson où j’ai posé l’émail, c’est-à-dire la peinture, à 1 250 degrés. Au besoin, si je veux mettre de l’or, je fais une troisième cuisson à 850 degrés.

Interviewer

Ce sont des feuilles d’or ?

Josselin

Non, ce sont des fioles, avec de l’or liquide mélangé à du liant. Je pose cela au pinceau ou au tampon, puis je recuis après.

Interviewer

Dans votre processus de travail, comment faites-vous pour vous mettre en condition de création ?

Josselin

J’ai besoin de créer, donc déjà, cela me met en condition. Je peux faire à peu près n’importe quand.

Par contre, j’ai remarqué depuis quelques années qu’il y a des choses que je ne peux plus faire. Je dessinais dans le camion, par exemple. Mais j’ai l’impression que j’ai besoin d’être de mieux en mieux loti avec le temps.

Je me mets en condition avec la musique. Je cours tous les jours, mais je ne sais pas s’il faut le dire. Donc oui, ce sont aussi des conditions.

Interviewer

Ma question, c’est plutôt : est-ce que vous avez besoin d’être détendu ?

Josselin

Non, pas forcément.

En plus, je suis animateur avec les enfants, alors parfois je participe à créer avec eux. J’ai même fait des choses pour moi avec eux. C’est plus simple, plus fort.

J’ai fait des séries de têtes de requins. J’ai fait la première avec les gamins. Bon, il ne fallait pas trop qu’ils me dérangent.

Interviewer

Vous êtes animateur en périscolaire ?

Josselin

En fait, dans le cadre des TAP à La Flèche, je donne des cours de modelage, de peinture et un peu de dessin. Je partage mon savoir-faire.

Je suis aussi animateur en privé. Je donne un cours avec des dames, un cours de peinture.

Interviewer

On peut poursuivre sur cette relation avec l’autre. Est-ce que vous faites beaucoup de rencontres en tant qu’artiste ? Et si oui, pouvez-vous me citer une rencontre qui vous a marqué ?

Josselin

Oui. J’avais réfléchi à trois personnes qui m’auraient influencé, mais je pourrais en dire beaucoup plus. Je vais les citer dans l’ordre chronologique.

La première, c’est mon professeur d’arts plastiques au collège. Il m’a un peu motivé. Il a vu en moi que j’avais une possibilité en dessin. C’est un artiste du coin, Loïc Guimard, qui était mon professeur de collège et qui a perçu en moi une graine d’artiste.

Sachant qu’avant, dès huit ans, donc avant le collège, je participais déjà à un atelier de peinture, de dessin et de modelage. J’ai ensuite poursuivi mes études toujours un peu en connivence avec cela.

Après, j’ai rencontré le peintre et céramiste de Durtal, Jean Baudouin [nom à vérifier], qui m’a initié au milieu des artistes d’Angers. J’ai fait des rencontres dans ce milieu.

Un jour, il m’a invité à aller voir une exposition à gauche, une exposition de céramistes. C’est là que j’ai rencontré la personne suivante, qui est à Quimperlé : Edouard de Konstantinos [nom à vérifier].

À un moment, j’ai eu besoin de faire un stage parce que j’ai fait l’école Pivaut en illustration. Je les ai contactés, ils m’ont pris tout de suite en peinture et dessin.

J’ai eu plusieurs formations, notamment l’école d’illustration Pivaut à Nantes. Mais en céramique, je n’ai aucune formation officielle. J’ai une formation de deux ans et plus avec cette personne-là. J’ai vécu avec eux, avec Edouardo et Nadine, comme un apprentissage à l’ancienne.

Du coup, je n’ai pas de formation très pointue en céramique. J’apprends tout sur le tas.

La quatrième personne que je citerais, c’est Régine Doré, davantage dans le relationnel avec les gens. C’est une personne qui a fait venir beaucoup de monde chez moi, qui m’a toujours suivi et qui me suit toujours. Elle a fait beaucoup pour moi.

Interviewer

Est-ce qu’on peut dire que vous avez beaucoup de mentors, entre guillemets, qui vous ont guidé ?

Josselin

J’en ai pas mal. Ça, ce sont les mentors que j’ai connus personnellement. Après, en références artistiques, oui, il y en a aussi.

Interviewer

En parlant de rencontres, je ne parle pas forcément des humains. J’ai vu une de vos sculptures qui représente un petit chien. Est-ce que vous voulez parler de cet animal ?

Josselin

Oui. Mon frère aurait été moins content si je ne l’avais pas dit. C’est le chien de mon frère et de sa compagne. C’est un chien que je connais personnellement. Il a une histoire, celui-là.

Je l’ai fait en quatre fois, dans quatre positions différentes. Vous verrez, je m’en suis gardé un qui a six pattes. J’en ai ramené un qui était assez flashy.

Interviewer

Pour revenir à vous en tant qu’artiste et à votre atelier, qu’est-ce qui vous stimule le plus dans votre processus de création ou de travail ? Qu’est-ce que vous préférez faire dans votre art ?

Josselin

Avant, j’aimais beaucoup commencer une œuvre d’art. J’aimais bien le début. Mais maintenant, je rentre plus dans la finition. Je prends mon mal en patience, et j’y prends quand même un malin plaisir.

C’est pour cela que vous pouvez voir beaucoup de peintures chargées. C’est un peu vicieux : c’est comme la course, plus on court, plus on aime ça.

J’ai l’impression que je bourre de plus en plus mes peintures, parce que je prends un malin plaisir à y glisser des choses qu’on ne voit pas tout de suite, des détails.

On passe beaucoup de temps sur une peinture. Moi, je fais tableau après tableau. Du coup, cela s’entasse. Comme il faut les entreposer, j’en avais tellement que je les ai mis chez mes parents. Le stockage est quand même une problématique.

J’ai ramené des peintures plus spontanées, comme celle avec le perroquet bleu. C’est une période plus ancienne. Ce sont des remplissages de peinture, il y a moins de dessin, cela prend moins de temps. Je pouvais en faire deux par mois. Là, j’en suis à trois ou quatre par an.

Interviewer

C’est aussi dans l’air du temps de faire avec les moyens que la terre nous donne. Je ne parle pas forcément du matériau, mais plutôt du fait de ne pas trop gaspiller, de ne pas trop dépenser.

Josselin

Oui, je rentre dedans, ça c’est sûr.

Interviewer

Concernant vos peintures, est-ce que vous commencez une peinture et souhaitez rester dessus jusqu’au bout, ou est-ce que vous en commencez une, puis une autre, et vous les faites en parallèle ?

Josselin

C’est très intéressant. Au départ, il y a plusieurs années, j’étais forcément sur plusieurs peintures. De plus en plus, je suis une peinture par une peinture. C’est fou comme cela peut changer.

Par contre, exceptionnellement, je travaille en ce moment pour une future exposition, avec un seul petit format sur le roi René. Le thème me plaît tellement que je suis sur quatre peintures en même temps.

Pour les grandes peintures, je suis plutôt une par une. Pour les petites peintures, je peux être sur quatre en même temps.

En sculpture, je suis sur plein de choses en même temps. Déjà, il faut remplir un four. Ensuite, il y a plusieurs cuissons, donc il y a plusieurs sculptures en cours en même temps.

Interviewer

Il y avait une question autour des sensations, parce que j’aime bien savoir ce que les artistes ressentent dans leur travail. Quelles sensations ressentez-vous quand vous êtes en train de créer ?

Josselin

À la base, le projet, c’était de ressentir de la plénitude, d’être vraiment dans son élément. J’arrive à le ressentir quasiment tous les jours.

Par contre, il y a plein de choses parasites dans la vie qui font que cela dure moins longtemps que prévu.

J’aime bien travailler la nuit. Je travaille essentiellement la nuit. Parfois, j’arrive à me caler des après-midi, mais pas en ce moment.

Je travaille essentiellement la nuit pour une question d’éclairage et de plénitude. Il n’y a plus personne, il n’y a plus de mails.

Interviewer

Cela vous met dans une condition, dans votre bulle ?

Josselin

Totalement.

Après, ce n’est pas bon, la nuit. J’ai écouté des reportages : c’est cancérigène. Ce n’est pas George Sand, c’en est une autre de la période, une écrivaine, qui avait des cancers et qui travaillait la nuit.

Donc je mange des pommes.

Interviewer

Je ne savais pas que les pommes pouvaient éviter le cancer.

Josselin

En mangeant des pommes, je vais peut-être m’en sortir.

Interviewer

J’ai une question sur le hasard. Est-ce que le hasard intervient dans votre travail ? Et comment ?

Josselin

Le hasard vient par le biais des taches de peinture, par exemple.

Comme on ne sera jamais des artistes de la Renaissance, le fait de se savoir moins bon que les autres fait que, parfois, le hasard peut jouer en sa faveur.

Mes peintures sont de moins en moins spontanées, parce que je m’attache de plus en plus à y mettre du dessin. Je m’attaque donc au fait que je serai forcément moins bon que les anciens, mais je le fais quand même.

Et puis, au bout d’un moment, on voit que ce n’est pas si mal.

Interviewer

Qu’est-ce qui vous fait dire que vous seriez moins bon que les anciens ? Qu’entendez-vous par les anciens ?

Josselin

Les artistes de la Renaissance, par exemple. En matière d’études, ce n’était pas trois ans d’études. C’était cinq ou six ans auprès du maître, et même peut-être dix ans. Ils avaient donc forcément beaucoup plus dessiné que nous.

Ils avaient forcément des visages. Moi, je m’attaque quand même pas mal à la famille, donc il y a peut-être des personnages qui se reconnaîtront.

Le hasard que peuvent promouvoir les artistes contemporains peut jouer en leur faveur, parce que la matière, c’est beau. Je suis céramiste, on joue sur la matière. Mais je tiens à garder quand même du dessin.

J’assume d’avoir un résultat plus « de ma patte ». Du coup, j’ai un style qui est vraiment mon style. C’était peut-être ma principale source de stress en sortant des études. Je me suis demandé : est-ce que tu vas pouvoir avoir un style ?

Mon stress au collège, c’était de ne pas avoir de métier. J’ai eu un métier. Mon stress à la sortie de l’école Pivaut, c’était de ne pas avoir de style, et j’ai un style.

Tout s’est solutionné. Au final, on n’est pas forcément plus heureux. Mais je pense que je peux aussi continuer.

Interviewer

Concernant ce style, je trouve que dans vos peintures, il y a vraiment quelque chose de l’ordre du rêve. C’est tout un enchevêtrement de références. Pour moi, cela représente un rêve. Je ne sais pas ce que vous en pensez.

Josselin

Puisque j’instaure des références à ce que je lis et à ce que je vis, c’est ce qui me fait rêver directement. C’est une retranscription.

Si vous reconnaissez des choses qui vous parlent, c’est que nous avons la même culture.

Voix off

Merci d’avoir écouté cet épisode.

Retrouvez les entretiens des autres artistes du parcours sur le site destination-rivesduloirenanjou.fr

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