Christian Hirlay

Christian Hirlay

Parc du Château de Villevêque

Vivants
métalliques

Un bestiaire de rouille et d’acier

Christian Hirlay modèle l’acier comme il dessine. Ayant débuté sa carrière sur papier, il commence à explorer la troisième dimension grâce au fil de fer. Au fil du temps, les traits s’épaississent et se multiplient pour devenir des fragments d’acier. Hirlay affirme ainsi sa patte et entre peu à peu dans l’univers rouille de ses animaux métalliques.
Le cheval est une figure emblématique du travail de l’artiste. Il est familier de cet animal et intéressé par son histoire et ses liens avec celle de l’évolution humaine. Le cheval représente pour lui un équidé à la fois fragile, puissant et mystérieux et un animal gorgé de symboles.
Au sein des Basses Vallées Angevines, lapins, chevaux et autres animaux semblent avoir été libérés de l’atelier de l’artiste, et au détour d’un arbre, on peut les imaginer se mouvoir dans le paysage galopant dans la prairie fleurie.

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entretien avec Christian Hirlay

Voix off

Pour changer de point de vue, explorer un parcours où l’art rencontre la nature et le patrimoine.

Se questionner, être ému, découvrir la création autrement.

À travers ces entretiens, les artistes de NOV’Art 2026 vous ouvrent les portes de leur univers.

Interviewer

Bonjour Monsieur.

On va faire un entretien. Je vais vous poser quelques questions pour en savoir plus sur votre travail.

Ma première question est : qu’est-ce que vous faites pour vous mettre en condition de travail ou de création ?

Christian Hirlay

Déjà, cela passe par des phases préalables qui sont le dessin.

Mais après, mon travail consiste quand même à transformer de la matière, entre guillemets. Je pars de tôles neuves. Il y a tout un processus de préparation de la matière, où je réfléchis déjà à ce que je vais faire dans la découpe des morceaux.

Je dirais qu’il faut préparer un maximum pour être le plus à l’aise possible dans l’acte de réaliser la sculpture, de réaliser la forme en 3D.

Pour le matériau en lui-même, je travaille avec un certain type de format, parce que c’est plus pratique. L’épaisseur de deux millimètres, c’est l’idéal pour résister à la soudure et ne pas percer trop vite. C’est le bon compromis.

Interviewer

Et du coup, ton espace de travail, comme nous n’avons pas la chance de le découvrir, c’est quoi l’atelier chez toi ?

Christian Hirlay

C’est un atelier assez grand. Le propriétaire d’avant faisait des structures pour des hangars agricoles. Il y avait déjà un travail du métal avant.

C’est assez sommaire au niveau du confort. Par contre, le luxe, c’est la place. C’est bien d’avoir de la place pour pouvoir regarder les pièces avec distance, travailler sur plusieurs pièces en même temps, avoir plusieurs postes de travail aussi.

Interviewer

J’ai pu constater, en regardant vos œuvres, que vous êtes autour du thème animal.

La question était : quels sont les sujets et les thèmes qui vous intéressent particulièrement ? Peut-être qu’en dehors de cela, vous avez d’autres choses qui vous intéressent. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

Christian Hirlay

C’est figuratif, cela tourne beaucoup autour du vivant : les animaux, les humains aussi, peut-être un peu moins quand même.

Mais je ne me classe pas spécialement dans une catégorie particulière.

Le fait est que cela tourne beaucoup autour des chevaux. C’est vrai que j’ai toujours été passionné par les chevaux, depuis toujours. Le cheval raconte beaucoup. C’est un sujet presque inépuisable de dessin et de modèle pour faire de la sculpture.

Interviewer

Par rapport à ces thèmes et ces sujets, est-ce que tu procèdes par une approche de série ? Est-ce que tu as des périodes ? Comment tu procèdes vis-à-vis de ces thèmes et de ces sujets ?

Christian Hirlay

Ce n’est pas vraiment une planification au très long cours. J’aime bien le terme d’impulsion. C’est un peu ça.

Il y a parfois certaines commandes qui dictent des choses à faire. C’est une contrainte, mais c’est intéressant aussi. Ce sont des choses à résoudre, finalement.

Et puis j’observe que cela évolue, que cela change un peu, tout en restant avec le même matériau. L’écriture elle-même peut changer.

C’est toujours se souvenir de faire un objet artistique avec des choix graphiques. C’est vraiment cela, le cœur de mon travail.

Interviewer

Vous disiez que le cheval raconte beaucoup de choses. Quelle symbolique associez-vous à la figure du cheval ?

Christian Hirlay

Je pense qu’elles sont multiples.

On pourrait presque dire que le cheval, en lui-même, n’est pas loin d’être une création de l’homme, en quelque sorte. Tout l’héritage que l’on a aujourd’hui, avec les races qui nous sont parvenues jusqu’ici, a été un peu modelé par les nécessités du travail, du transport, de la guerre, parfois de l’esthétique aussi.

C’est à la fois un être fragile, mais aussi puissant physiquement. Il y a toujours un mystère, cette magie de faire quelque chose avec cet être si puissant, qui est à la fois proche et distant.

Il faut connaître un peu le cheval pour arriver à faire quelque chose avec, et que cela se passe bien. C’est quand même un idéal.

Interviewer

Tu as l’air de bien les connaître. Est-ce que tu as des chevaux chez toi ? Est-ce que tu montes ? Quelle pratique as-tu avec l’animal ?

Christian Hirlay

Oui. J’ai toujours été passionné depuis mon enfance. C’était mon objectif d’avoir un cheval.

Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir trois équidés. C’est une observation de tous les jours. C’est toujours un grand plaisir de monter dans la campagne, sans avoir de grandes prétentions, mais d’être en accord, et d’avoir des moments d’équitation, tout simplement.

Interviewer

Pour poursuivre dans la même lignée, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur la sélection d’œuvres que vous avez choisies pour NOV’Art 2026 ? Pourquoi avez-vous fait ce choix de sculptures ?

Christian Hirlay

Il y a déjà le site qui m’a été présenté par Arnaud. C’est quand même un endroit magnifique, qui est vaste.

Les sculptures sont toutes grandeur nature, voire beaucoup plus grandes que nature. Il y a l’oiseau, qui est tout petit dans la nature, mais c’est intéressant parce que cela peut un peu brouiller les échelles. On ne sait plus trop où on est quand on le voit.

Ce sont aussi les pièces dont je disposais actuellement, et je trouve qu’elles vont bien avec le site.

Interviewer

Est-ce que c’est toujours comme ça que tu procèdes, en cassant les échelles ou, au contraire, dans le respect des dimensions ? À quel moment fais-tu ce choix de l’échelle, du changement d’échelle ?

Christian Hirlay

Le changement d’échelle concerne surtout les êtres qui sont tout petits. Il s’agit de leur donner une dimension imposante, pour leur donner de l’importance.

Il y a aussi un côté amusant, de surprise, de jeu avec l’environnement, avec le milieu dans lequel cela va être exposé.

Interviewer

Pour la suite des questions, c’est davantage autour des rencontres.

Pour vous, est-ce que les rencontres, quelles qu’elles soient, influencent votre démarche artistique ? Et si oui, comment ?

Christian Hirlay

J’ai eu la chance de rencontrer Michel Bassompierre, grand sculpteur animalier, qui nous a malheureusement quittés il n’y a pas très longtemps.

C’était quelqu’un d’une grande humilité et, en même temps, d’un grand savoir. J’irais même jusqu’à dire d’une grande sagesse. Il plaçait le dessin très haut dans la démarche artistique.

Il y a ce côté dessin, observation, qui peut-être nous rapproche. C’est quelqu’un qui m’a pas mal marqué.

Interviewer

Est-ce que tu étais prédestiné à devenir sculpteur quand tu étais jeune, étudiant ? Dans ta famille, y avait-il un rapport à la création ? Quel était ton environnement avant de devenir artiste ?

Christian Hirlay

Je pense que non.

J’ai grandi à la campagne, dans un milieu où j’avais pas mal de famille dans le monde agricole, par exemple. J’adorais dessiner, et tout le monde me disait à l’école : « Tu seras dessinateur ».

Le fait de faire des études artistiques m’a permis de me donner confiance, tout simplement, et peut-être une forme de légitimité qu’on n’a pas forcément si on n’est pas dans un milieu artistique.

Je ne me suis pas tout de suite vraiment autorisé à être, entre guillemets, un artiste complètement. Je faisais de l’illustration, ce qui est un peu différent parce qu’il y a une fonction : cela va dans des livres, dans des journaux, dans des magazines.

J’ai commencé par faire de la sculpture en fil de fer. Cela ne nécessitait pas beaucoup de place, ni beaucoup de moyens techniques.

Interviewer

Vous avez commencé par le dessin, que vous avez transféré en trois dimensions avec le fil de fer. Le fil de fer représente quand même beaucoup l’aspect très graphique du dessin.

Ensuite, vous êtes passé encore plus vers la trois dimensions, avec ces bandes métalliques en acier.

Christian Hirlay

Oui. Le fil de fer est très intéressant parce qu’il y a justement ce côté très dessin dans l’espace, cette légèreté. Mais en même temps, c’est un peu fragile.

Également, si on n’a pas un fond adapté, la sculpture peut vite disparaître. Sur un fond de verdure, par exemple, on ne voit plus rien.

Alors qu’avec l’acier tel que je le travaille actuellement, on a des surfaces qui prennent la lumière. C’est beaucoup plus puissant, quel que soit le contexte.

Interviewer

J’ai le souvenir d’un échange que nous avions eu ensemble sur la lumière. Je t’avais proposé deux espaces : un espace plutôt boisé, et puis un espace plutôt de prairie.

Tu m’avais parlé de ta volonté de plutôt exposer assez fortement les pièces à la lumière. Tu m’avais parlé un peu de la matière. Est-ce que tu pourrais revenir sur cet aspect-là ?

Christian Hirlay

Oui, parce que les sculptures sont en acier corten. C’est un acier qui va s’oxyder naturellement. Cela devient brun orangé, avec parfois quelques nuances.

Cela change un peu de couleur en fonction de la lumière, de la météo, du soleil, de la pluie. Forcément, c’est beaucoup plus puissant quand on est sous la lumière et pas dans l’ombre.

Interviewer

Jusqu’à quel point tu te permets d’exposer les pièces pour travailler cette couleur ? Est-ce que c’est un moment que tu contrôles ? Ou, au contraire, est-ce que tu te dis qu’elles vont vieillir naturellement lors de leur diffusion ?

Christian Hirlay

Il faut que la pièce ait déjà un peu son allure. Si on expose une pièce et qu’elle n’arrive pas toute brillante, ce n’est pas très grave, mais il faut que son aspect final soit déjà un peu visible.

C’est très simple : il suffit de vaporiser de l’eau. Il y a un côté un peu capricieux dans l’oxydation. On ne maîtrise pas tout, mais justement, c’est intéressant.

Interviewer

Cela m’amène naturellement à la question du hasard. Quelle place laissez-vous au facteur hasard dans ce processus ?

Christian Hirlay

Le hasard intervient pleinement dans le fait de découper les morceaux, les fragments comme je les appelle.

Il y a toute une phase préalable où je vais découper plein de morceaux en pensant déjà à la pièce. S’ils sont grands, ou petits, forcément, ils ne sont pas dessinés spécifiquement pour aller ici ou là.

C’est là que le hasard intervient. Je prends un morceau par terre, parmi cinquante morceaux, et je le place ici. Et cela va pas mal.

Il y a, dans mon travail, ce côté de savoir lâcher prise avec les choses et laisser un peu advenir. C’est assez mystérieux, cela ne marche pas tout le temps.

Cela revient à la question du début : se mettre en condition pour que les choses adviennent.

Interviewer

Dans ce processus, est-ce qu’il y a une étape que tu préfères, qui te stimule vraiment ? Est-ce qu’il y a un moment où tu as hâte d’arriver, peut-être un état physique ? Est-ce qu’il y a un élément qui te stimule plus que les autres ?

Christian Hirlay

Il y a des moments où c’est presque sensuel avec le matériau : le marteler, lui faire oublier ce qu’il est au départ.

Il y a le plaisir de prendre un morceau et de le souder comme ça, en se disant : « Tiens, il va super bien là. » Là, il y a un contentement assez primaire.

Il y a aussi une phase que j’aime bien, mais qui est la récompense finale : les détails qui vont presque donner notre avis, si l’on parle de représenter du vivant. Les petites touches finales, c’est quand même très chouette.

Il y a des moments où on peut saturer un peu avec une pièce. On n’y voit plus trop clair. On revient le lendemain et on peut avoir de bonnes surprises. Ça marche.

Avec l’acier, on peut tout reprendre, corriger, rajouter, enlever. C’est ce que j’aime beaucoup par rapport à d’autres matériaux qui ne permettent pas les repentirs.

Interviewer

Vous parliez de sensualité dans le rapport au matériau. Vous parliez aussi de la soudure, qui est une étape qui vous satisfait apparemment. À quelles sensations êtes-vous sensible au cours de vos créations ?

Christian Hirlay

C’est très curieux de parler de côté sensuel par rapport à l’acier, qui, pour beaucoup de monde, est un matériau froid, coupant, qui n’a rien d’agréable, qui est plutôt rébarbatif.

Mais quand on a les bons outils, il faut plier le côté un peu désagréable de l’acier et en faire un allié.

Cela passe beaucoup par le feu, la fusion. La découpe, c’est de la fusion. La soudure, c’est de la fusion du métal. Cela devient presque de la pâte à modeler. Finalement, il y a presque un côté modelage.

Si je pouvais résumer mon travail, ce serait un peu cela. Ce n’est pas vraiment se donner des limites et des obstacles, mais c’est d’abord vouloir faire quelque chose, avoir du plaisir à le faire.

On peut toujours rajouter un peu, à tout moment, jusqu’à la fin. Il y a cette grande liberté que j’aime beaucoup.

Interviewer

Votre travail avec le métal est quand même très lié au fait de faire chauffer le matériau. Est-ce que vous appréciez cette sensation de chaleur, qui fait de votre travail un labeur ?

Christian Hirlay

Oui. J’ai parfois dit en plaisantant que je préférerais presque faire de l’aquarelle.

Cela n’a rien de confortable. On peut se brûler. Il faut être très équipé pour les yeux, pour les voies respiratoires, avec un masque ventilé. On s’abîme beaucoup de choses, finalement.

Il y a un peu de la santé du sculpteur dans chaque pièce, si je veux un peu exagérer. Mais on peut dire que c’est un labeur.

Il y a aussi de belles sensations. Quand je tape sur l’enclume, cela fait un beau bruit. Il y a toute une gestuelle. Je n’ai pas parlé de cela, mais c’est un travail physique.

Ce n’est pas de la danse, mais quand même, il faut savoir se positionner pour bien travailler, pour s’économiser. Il y a toute une gestuelle importante, bien maîtrisée, et je trouve que cela fait aussi partie de la beauté du travail.

Voix off

Merci d’avoir écouté cet épisode.

Retrouvez les entretiens des autres artistes du parcours sur le site destination-rivesduloirenanjou.fr

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